Sommaire
Pour cette deuxième saison, je voulais aller plus loin et surtout mieux comprendre ce que j’étais capable de faire avec une préparation réellement structurée. J’ai donc décidé de faire appel à un coach pour m’accompagner tout au long de la saison et construire un entraînement plus cohérent autour de mes objectifs.
J’ai choisi trois courses, avec les distances qui augmentent progressivement au fil de l’année :
- Alsace by UTMB – Trail des Celtes : 50 km en mai
- Tour des Glaciers de la Vanoise : 73 km en juillet
- Infernal Trail des Vosges – IT100 : 100 km en septembre
L’idée était de commencer l’année par un format court pour travailler davantage la vitesse et l’intensité, avant d’augmenter progressivement les distances et le volume d’entraînement. 😜
Alsace by UTMB : Trail des Celtes 50km
1. Fin 2025 : construire l’objectif
Après mon dernier trail de la saison, le Graoully by Night fin octobre 2025, j’ai pris une coupure d’un peu moins de deux semaines. Après une première année déjà bien chargée, cette période était je pense nécessaire pour laisser du temps à mon corps pour récupérer et repartir sur une bonne fraicheur. 💪
La fin d’année a ensuite servi de transition vers la saison 2026, avec trois objectifs principaux : développer mes capacités musculaires grâce à deux séances de musculation par semaine, reprendre progressivement le volume en trail pour atteindre environ 4 h d’entraînement par semaine début janvier, mais aussi créer un manque.
L’idée n’était donc pas encore de chercher un développement sur mes capacités en trail, mais plutôt de construire tranquillement les bases tout en gardant l’envie de reprendre une vraie préparation début janvier.

2. Reprendre et retrouver la vitesse
Comme dit précédemment, j’ai décidé de faire appel à un coach pour cette saison 2026. L’objectif était de structurer davantage mon entraînement et surtout de mieux maîtriser la progression de la charge au fil de la saison.
Pour ce début de préparation, nous avons choisi de remettre progressivement de l’intensité, en travaillant différentes zones, tout en augmentant très légèrement le volume. L’idée était d’éviter d’augmenter en même temps le volume, l’intensité et la charge globale d’entraînement, afin de limiter les risques de blessure.
Les premières semaines ont été l’occasion de remettre progressivement différentes formes d’intensité dans l’entraînement : fractionné court et long, tempo, mais aussi travail en côte. 🏃
Parmi les séances réalisées :
- 4 × 3 à 4 min sur route — RPE 8/10
- 8 × 1 min — RPE 9/10
- 20 à 30 min de tempo sur terrain vallonné — RPE 6/10
- Pyramide 1/2/3/4/3/2/1 min
Personnellement, je préfère les formats d’intensité de 3 à 4 minutes ou plus, qui me permettent de cumuler davantage de temps à haute intensité. Sur des répétitions d’1 minute, j’ai du mal à faire monter suffisamment ma FC et à atteindre rapidement l’intensité recherchée. Et pour moi c’est primordial pour progresser. Même si je pense qu’il serait intéressant pour moi de travailler mon explosivité sur intervalle court => A garder en tête pour mes futurs prépa !
Pourquoi des intervalles de ≥ 2 min ?
Deux méta-analyses vont dans le même sens : les intervalles longs (≥ 2 min) permettent généralement de cumuler plus de temps proche de VO₂max sur une séance (Schoenmakers et al., 2026) et semblent donner de meilleurs gains de VO₂max sur plusieurs semaines que les intervalles très courts (Wen et al., 2019). Précision : ces études ne ciblent pas le trail, mais l’entraînement en endurance en général.
En parallèle, les sorties longues ont progressivement augmenté. Après seulement 4 à 5 semaines, je réalisais déjà des sorties en trail pouvant atteindre 2 h et environ 800 m de D+. J’ai également commencé à intégrer davantage de séances en up & down, afin d’augmenter le dénivelé sans forcément augmenter fortement la durée des sorties.
Ces sorties pouvaient aussi intégrer des petit fractionnés en côte, comme du 3 × 5 min ou du 5 × 2 min. L’idée était donc de développer simultanément l’endurance, le dénivelé et la capacité à répéter les efforts en montée.
Un premier week-end choc
Cette première partie de la préparation s’est terminée début mars par un premier week-end choc : trois jours consécutifs, du vendredi au dimanche, pour un total de 5 h 30 d’entraînement.
L’objectif était de commencer à habituer mon corps à enchaîner les efforts sur plusieurs jours, tout en conservant de l’intensité au sein du bloc.
Le week-end s’est terminé par mon premier Myo Cross Max, et certainement l’une de mes séances préférées de cette préparation !
Le principe était de créer une pré-fatigue avant d’enchaîner avec un effort intense :
5 × (45 secondes de chaise → 160 m de D+) enchainé avec 8 km à allure tempo sur route, autour de 4’30–4’40/km pour moi, une allure que j’aime beaucoup car à la fois agréable, mais qui demande d’en mettre.
Cette séance apportait une contrainte assez différente que les séances classiques du début d’année : il fallait maintenir un effort soutenu alors que les jambes étaient déjà fortement sollicitées et j’ai trouvé que c’était vraiment un super entrainement pour augmenter sa capacité à mettre de la vitesse sur fatigue. 😁
3. Faire monter le volume et se rapprocher du jour J
À partir de début mars, les choses sérieuses ont commencé. L’objectif était progressivement de réduire les intensités très élevées sur route pour passer sur des efforts plus longs et surtout plus spécifiques au trail : 2 × 30 min au tempo sur terrain vallonné, 45 min de tempo progressif, toujours avec du dénivelé.
En parallèle, j’ai conservé au moins une séance de musculation par semaine, mais uniquement dans une logique d’entretien. Avec l’augmentation de la charge en trail, c’était difficile pour moi de maintenir une grosse intensité en musculation sans faire apparaître de petites gênes. J’ai donc préféré réduire le travail de force et intégrer davantage d’isométrie, histoire de conserver une charge tendineuse intéressante sans prendre de risque, ou du moins, le moins possible.
Les sorties longues sont également devenues beaucoup plus ludiques, avec de véritables « règles du jeu ». Par exemple : 2h30 et 1000 m de D+, avec une première heure aux sensations, 30 minutes où toutes les descentes sont courues rapidement, puis une dernière heure à allure course. Ce genre de séance permet de travailler plusieurs qualités dans une seule sortie, et surtout de faire passer les 2h30 beaucoup plus vite ! J’ai vraiment adoré ça. 🤩
Autre exemple : 15 répétitions de côtes de 50 m D+, avec 5 répétitions en allure jog, 5 au tempo et 5 au SV2. Une séance simple sur le papier, mais particulièrement intéressante et difficile à réaliser je trouve.
Deux blocs chocs
Sur les deux derniers mois, j’ai réalisé deux gros blocs d’entraînement, à S-5 puis S-3 de la course.
Le premier était le plus chargé à S-5, avec un TRIMP Bannister de 221, ou 3 800 UA selon la méthode Foster, et environ 9h de trail et 2600m de D+ sur la semaine, soit 11h10 en ajoutant la musculation et le vélo. J’aime utiliser ces deux méthodes pour suivre ma charge d’entraînement, car elles apportent chacune une lecture intéressante de la charge et permettent de mieux contextualiser cette charge au fil de la saison.
Le week-end était particulièrement dense : 1h30 le vendredi soir (14 km / 400 m D+), puis 3h le samedi après une séance de musculation (27 km / 826 m D+) et enfin, le dimanche, un enchaînement d’un up&down de 800 m D+ suivi de 8 km sur route au sv2 voir légèrement au dessus du sv2 (22 km / 830 m D+).
J’ai notamment été surpris de réussir à tenir les 8 km à 3’50/km de moyenne malgré la fatigue accumulée. Le départ a été difficile, mais j’ai réussi à maintenir une allure régulière jusqu’au bout. Une séance qui m’a vraiment rassuré sur ma capacité à produire un effort soutenu avec de la fatigue.
Le deuxième bloc, à S-3, était un peu moins chargé (à cause de mon planning perso) mais comportait deux séances très spécifiques. La première : 20 × 1 min / 1 min sur tapis à 15 %, avec 1 min à 11 km/h et 1 min à 8 km/h. Une séance que j’ai adapté à mes vitesses de Clément Huriez, particulièrement intéressante pour reproduire un ratio distance/dénivelé proche de la montagne et travailler l’endurance musculaire dans les longues montées, chose qui est difficile quand on habite pas à la montagne.
La seconde était quasiment une simulation de la fin de course : 500 m D+, 10-15 min de récupération, puis 8 km au tempo vallonné enchaînés directement avec 120 m D+ au SV2. L’objectif était de reproduire la deuxième moitié du Trail des Celtes, avec la montée du Heidenkopf, la descente vers Rosheim puis la dernière montée avant Obernai.
Les deux blocs se sont très bien passés, sans douleur ni blessure. À ce stade, le travail était fait : il ne restait plus qu’à arriver frais le jour J. 🤜


4. Trail des Celtes : place à la course
Comme avant chaque course, les 2 dernières semaines étaient consacrées à l’affûtage, avec une forte réduction du volume et quelques rappels d’intensité très courts. La semaine précédente, j’aime bien faire un 2 × 5 min, puis la semaine de course un 8 × 30 s/30s en début de semaine et quelques jours avant la course un 10 × 10s en côte. L’objectif était simplement de garder les jambes actives sans créer de fatigue.
Trois jours avant la course, j’augmentais également fortement les glucides pour arriver avec les réserves pleines. Sur cette course, je pense cependant avoir un peu trop chargé et des douleurs au ventre sont apparues dès J-2. J’ai donc dû réduire et adapter ma recharge glucidique, mais les douleurs sont restées jusqu’à la veille au soir.
Le parcours et la stratégie
Le parcours faisait 48 km pour 1 500 m de D+, avec un départ à Barr. La première partie était principalement montante, puis un faux plat montant jusqu’au Mont Sainte-Odile, puis une descente vers Niedermunster et Klingenthal.
La seconde grosse difficulté était la montée du Heidenkopf, point culminant de la course, suivie d’une longue descente puis d’une fin plus roulante jusqu’à Obernai. Mon objectif était de terminer en 4h37.
J’avais prévu deux assistances : une première à Klingenthal au km 24,5, puis une seconde à Rosheim au km 40,8.
Entre chaque ravitaillement, je prévoyais deux flasques de boisson d’effort dosées à 67 g de glucides, et deux gels de 22 g, soit presque 90 g/h. Je m’étais entraîné avec ce ratio depuis le début de l’année sans aucun problème digestif, donc j’étais plutôt confiant sur ce point.
Le départ
Le départ était donné à 7h, à Barr. J’étais dans le SAS 2, mais placé directement sur la ligne de départ. Le SAS 1 partait avec 15 minutes d’avance.

Je suis parti avec un bon rythme, mais sans chercher à m’emballer. Je me sentais très bien dans la première montée et j’étais même légèrement en avance sur mes temps de passage. Le cardio était bon, et les jambes aussi.
Avec deux autres coureurs, nous avons rapidement rattrapé les derniers du premier SAS. Nous avons dû dépasser beaucoup de monde sur les côtés, ce qui nous obligeait à ralentir puis réaccélérer régulièrement. C’était un peu frustrant, mais je suis resté concentré sur ma course.
Dans la descente vers Klingenthal, j’ai volontairement retenu mon allure. Après mon expérience sur le TCO, je savais que les descentes pouvaient coûter cher et je ne voulais pas prendre de risque inutile.
C’est pourtant à ce moment-là que j’ai commencé à ressentir une douleur au ventre. Sur le coup, je pensais que ce n’était rien et j’ai continué sans vraiment m’en préoccuper => je vais rapidement le regretter. 😟
À Klingenthal, j’ai récupéré mes flasques et mes gels et je suis reparti immédiatement. Mais la montée vers le Heidenkopf a été très difficile. Les douleurs augmentaient et j’ai progressivement été incapable de boire ou de manger.
Au sommet, j’avais encore 6 minutes d’avance sur mon objectif, mais j’étais déjà très affaibli. Je n’avais plus d’énergie et je ne pouvais toujours pas m’alimenter.
La descente a alors été un véritable supplice. Les douleurs au ventre devenaient de plus en plus fortes et gênaient même ma respiration. J’avançais difficilement, en essayant de compenser avec le dos pour soulager le ventre. Résultat : le dos a fini par devenir lui aussi très douloureux.
À environ 3 km de Rosheim, j’ai finalement dû arrêter la course. Les douleurs au ventre étaient toujours présentes et mon dos m’empêchait désormais de courir.
J’étais extrêmement déçu. Ma forme était bonne, la première partie de course s’était très bien passée et j’avais encore de l’avance sur mon objectif. Mais je ne pouvais plus avancer correctement. Et avec 10 km restants, terminer en marchant pendant près de deux heures n’avait plus vraiment de sens pour moi.
Le chrono n’était plus accessible, et avec lui, une grande partie de ma motivation s’était envolée. 😓
5. L’après-course : analyser et rebondir
Ce DNF a été difficile à encaisser : c’était mon premier. Après plusieurs mois de préparation, voir la course s’arrêter à seulement une dizaine de kilomètres de l’arrivée était forcément frustrant, surtout après une très bonne première partie de course. Certains diront qu’il faut honorer son dossard jusqu’au bout, mais je pars du principe que chacun a ses propres objectifs.
Avec du recul, cette course m’a surtout permis de confirmer que la préparation avait été bonne et que j’étais en forme. Les douleurs digestives sont-elles apparues à cause d’un départ trop rapide ? Peut-être, mais j’en doute puisqu’elles avaient commencé avant même la course. À ce moment-là, j’avais encore beaucoup à apprendre sur mon corps et je ne savais donc pas vraiment l’expliquer.
Je retiens surtout qu’une préparation réussie ne garantit pas une course réussie, et qu’il faut savoir s’adapter le jour J.
Je vais donc analyser cette course comme les précédentes, en regardant les données, les sensations et les erreurs à corriger. La recharge glucidique sera notamment le principal point à revoir : moins réduire les fibres et surtout éviter de trop charger en glucides.
Le plus important est de ne pas chercher à « rattraper » ce DNF. Le travail réalisé pendant ces mois n’est pas perdu : il constitue une base solide pour la suite de la saison. Il reste maintenant à récupérer, tirer les enseignements de cette course et repartir vers le prochain objectif.
Le Tour des Glaciers de la Vanoise, j’arrive. 🏔️


